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La société est modelée par ce qu’elle est devenue dans un web de champs les uns, plus utiles que les autres.

Question de privilège

LA MANNE HEBDOMADAIRE

Jérémie 17: 5-10
Psaume 1
1 Corinthiens 15: 12-20
Luc 6: 17-26

Luc 6 : 17-26
17 Il descendit avec eux, et s’arrêta sur un plateau, où se trouvaient une foule de ses disciples et une multitude de peuple de toute la Judée, de Jérusalem, et de la contrée maritime de Tyr et de Sidon. Ils étaient venus pour l’entendre, et pour être guéris de leurs maladies.
18 Ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris.
19 Et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force sortait de lui et les guérissait tous.
20 Alors Jésus, levant les yeux sur ses disciples, dit : Heureux vous qui êtes pauvres, car le royaume de Dieu est à vous !
21 Heureux vous qui avez faim maintenant, car vous serez rassasiés ! Heureux vous qui pleurez maintenant, car vous serez dans la joie !
22 Heureux serez-vous, lorsque les hommes vous haïront, lorsqu’on vous chassera, vous outragera, et qu’on rejettera votre nom comme infâme, à cause du Fils de l’homme !
23 Réjouissez-vous en ce jour-là et tressaillez d’allégresse, parce que votre récompense sera grande dans le ciel ; car c’est ainsi que leurs pères traitaient les prophètes.
24 Mais, malheur à vous, riches, car vous avez votre consolation !
25 Malheur à vous qui êtes rassasiés, car vous aurez faim ! Malheur à vous qui riez maintenant, car vous serez dans le deuil et dans les larmes !
26 Malheur, lorsque tous les hommes diront du bien de vous, car c’est ainsi qu’agissaient leurs pères à l’égard des faux prophètes !

Contexte
Après avoir passé toute la nuit à prier Dieu, Jésus appela ses douze disciples auxquels il donna le nom d’apôtres. [Lc. 6 : 12-13].

S’adressant à la foule, il les exhorta d’aimer leurs ennemis, de les bénir et d’intercéder pour eux [vv. 26-28].

Il réconforta plus loin, ceux qui espèrent en sa bonté pour être guéris de leurs maladies. Heureux[1]leur dit-il, parce que leur récompense sera grande dans le ciel [vv. 17-21]. Courage et soyez dans l’allégresse en face de ceux qui vous accusent faussement [vv. 22-23]. S’adressant aux riches, il les avisa de se méfier des bienfaits du bonheur éphémère qui entravent les valeurs du salut [vv. 24-26].

Poursuite d’un rêve
Voilà bien un texte qui demande une large réflexion s’adressant à la vie quotidienne des êtres humains. Tous sont à la course, à la recherche du bonheur à n’importe quel prix. Vivre dans le confort est un luxe qu’il faut avoir et il n’y a pas de limite pour combler son rêve. Les opportunités sont de toutes sortes. Chercher à les saisir est une question d’intérêt et l’on finit par faire le choix qui convient le mieux. Puisqu’elles ne sont pas les mêmes et que les circonstances sont différentes ; donc les orientations sont aussi divergentes : soit pour occuper la première place, soit pour se circonscrire d’être du nombre ; soit pour devenir riche, ou vivre dans sa zone de confort. Tout se résume autour de privilège et les moins avantagés tombent de leur poids avec espoir de se relever.

La société est modelée par ce qu’elle est devenue dans un web de champs les uns, plus utiles que les autres. Le choix porte ainsi les gens à devenir des scientifiques, des théologiques, des philosophes, faisant ainsi des entrepreneurs, des ouvriers, des travailleurs, des auxiliaires et des apprenants. Question de privilègeque Christ met en évidence dans son discours à la foule, décrit dans le Livre de Luc 6 : 17-26. Avec une force d’amour qui touche les cœurs pauvres[2]et riches[3], Christ guérissait l’intérieur comme l’extérieur de ceux qui l’écoutaient et qui le touchaient, les conduisant à un nouveau point de départ qui devait marquer leur vie à jamais, à transcender le matériel et à vivre en nouveauté de vie éternelle avec la Parole de Dieu [6 : 47 ; 8 : 21 ; 10 :25 ; 11 : 28 ; 18 : 30 ; 21 : 33].

Responsable de nos maux
Touchant du doigt les épreuves à l’origine des tourments de la société, Jésus change la scène de la pauvreté en richesse ; la dépression en euphorie ; l’insécurité en assurance et montre le cheminement de la joie [6 : 20-21]. Il relève ainsi chaque personne à s’apprécier et à construire sa foi à partir de ce qu’elle reçoit en ces termes : « Si vous aviez de la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à ce sycomore : Déracine-toi, et plante-toi dans la mer ; et il vous obéirait. » [17 : 6]. Il témoigna la foi du centenier qui, dans ses moments les plus difficiles, confessa son impuissance devant la suprématie de Dieu, lui demandant la guérison de son serviteur [7 : 9]. Il exhortait la foule d’affronter les difficultés de la vie avec courage et assurance à cause de la récompense qui leur est réservée dans le ciel [7 : 21-23].

Tous les choix ne mènent pas nécessairement à bon port. Tel choix conduit au succès ; tel autre, au désespoir. Entre les deux, il y a un juste milieu : Christ est à la croisée pour orienter, non sur l’horizontalité des deux, mais sur la verticalité ascendante qui engage à rechercher « le Royaume de Dieu » pour combler son rêve [12 : 31]. Il n’y a pas lieu à désespérer, mais plutôt à espérer parce que ce chemin est nôtre [22 : 29], indiqué par Dieu dans l’enseignement du Christ. « Heureux parce que, là où ça ne se passe pas comme prévu, Dieu fait autre chose en nous, avec nous, par nous. Souvent c’est là où nous sommes le plus démunis, le plus critiquables, que Dieu développe en nous une grâce originale. »[4] Ce n’est pas la religion qui est la réponse, mais comment réussir dans la vie avec l’aide de l’Esprit-Saint qui est en perpétuel communion avec chacun [12 : 12] ? Autant dire, il arme tout un chacun à prendre ses responsabilités parce qu’étant démunis, le plus critiquables, Dieu développe en une grâce originale dans laquelle Il est présent et agit, « au milieu de nos drames et de nos incapacités, de manière inattendue. »[5]

Vivre dans la joie perpétuelle semble être le thème de cette nouvelle vie.  « Qui de vous, par ses inquiétudes, peut ajouter une coudée à la durée de sa vie ? [12 : 25]. Christ confronte les difficultés, les souffrances, les déceptions, les pièges et les renversent dans le cheminement de la joie désormais accordé gratuitement, que les disciples disaient en ces termes : « Seigneur, les démons mêmes nous sont soumis en ton nom. » [10 : 17]. Il est donc un cheminement de victoire sur tous les maux qui pourraient nuire à la santé mentale et physique désormais rendus captifs à l’obéissance du Christ. Tout cela devient possible à Dieu [18 : 27] et le choix offert par Christ dans le renoncement du soi pour que l’Esprit-Saint nous pousse à sortir de nous-mêmes et à embrasser l’ascendance de la voie royale. (Le livre de Jérémie le décrit ainsi : « Ainsi parle l’Éternel : Maudit soit l’homme qui se confie dans l’homme, Qui prend la chair pour son appui, Et qui détourne son coeur de l’Éternel ! Il est comme un misérable dans le désert, Et il ne voit point arriver le bonheur ; Il habite les lieux brûlés du désert, Une terre salée et sans habitants. Béni soit l’homme qui se confie dans l’Éternel, et dont l’Éternel est l’espérance ! [Jér. 7 :5-7]. Elle est aussi expliquée en ces termes, « Heureux l’homme … qui trouve son plaisir dans la loi de l’Éternel, et qui la médite jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près d’un courant d’eau, Qui donne son fruit en sa saison, et dont le feuillage ne se flétrit point : Tout ce qu’il fait lui réussit » [Ps. 1 : 1-3] ; que l’apôtre Paul décrit ainsi : « Et si Christ n’est pas ressuscité, votre foi est vaine, vous êtes encore dans vos péchés » [1Cor. 15 : 17]).

La poursuite de la joie
Jésus dénonce l’amour de l’argent et notre indifférence envers Dieu. « Hors de nos soucis immédiats, nous ne cherchons pas à nous remettre en question. Nous nous recentrons sur nous-mêmes et nous ne nous sentons pas concernés par ce qui nous est extérieur. C’est à cause de tout cela que Jésus prononce le mot de « malheur » qui n’est pas une malédiction de sa part, mais cela sonne comme un cri de désespoir. Désespoir face à son propre échec à lui, échec de Dieu de ne pas avoir pu nous guider sur le chemin de l’humanité qu’il a prévu que nous devrions suivre. »[6]Éviter les pièges de l’abondance par attachement est un grand mal et Jésus l’affirme en disant : « Car là où est votre trésor là aussi sera votre cœur » [12 : 34]. Rien de mauvais que l’on soit riche, mais faire de la richesse une idolâtrie ou se croyant supérieur aux autres, c’est subordonner le Créateur.[7]« L’homme qui croit pouvoir jouir en paix des biens qu’il a accumulés est un insensé́, car il oublie qu’il devra tout abandonner au moment de la mort. » [8]La vigilance est donc nécessaire dans la reconnaissance envers Dieu et les services appelés à offrir à l’image du Christ, de gérer sainement les biens qui ne sont que la propriété de Dieu.

Durant une réception de noces où je me trouvais en compagnie de plusieurs connaissances, quelqu’un disait à un autre collègue :

« Votre richesse ne vous appartient pas car vous n’irez pas avec elle. Ne savez-vous pas que tout ce qui vient de la terre appartient à la terre y compris vous cher ami ? Ne vous faites pas d’illusions, gérez sainement la grâce que Dieu vous faites d’être son banquier. Vous aurez la joie du cœur et non la mine patibulaire que vous faites et qui ne reflète pas votre âge. Vous me donnez l’impression que vous ne dormez pas non plus la nuit, surveillant le jour pour entreprendre de nouvelles transactions malgré tout ce que vous avez déjà. Hélas, demain non plus ne vous appartient pas. Comptez vos bénédictions et demandez au Christ d’éclairer vos lanternes pour le rejoindre à la croisée du chemin et prendre la route verticale qui éclaire et accorde véritablement la richesse de la vie éternelle. »

On comprend pourquoi aujourd’hui la foule suivait Jésus partout où il passait, pour s’enrichir de l’argument de Dieu. Un argument de conscience, de réconciliation et d’amour qui ne peut que guérir en hérissant de joie les nouveaux venus dans la résidence des enfants de Dieu.

Notes et références
[1]Jésus n’innove pas en prononçant une série de sentences de caractère proverbial tendant à qualifier d’heureux (ou de malheureux) telle ou telle personne ou tel ou tel groupe. Ce mode d’expression semble se retrouver dans toutes les cultures et toutes les sagesses du monde. Il n’est pas absent non plus de l’Ancien Testament, où le Psaume 1 s’ouvre par ces mots : « heureux l’homme qui ne prend pas le parti des méchants » ; où la Sagesse déclare « heureux les fils qui gardent ses voies » et « heureux l’homme qui l’écoute » (Pr 8,32-36) 1. Dans l’Évangile de Luc lui-même, on trouve encore cette exclamation mise sur les lèvres d’un interlocuteur de Jésus : « Heureux qui prendra part au repas dans le Royaume de Dieu » (Le 14, 15).

Collange Jean-François. Propos sur le bonheur, Les Béatitudes(Mt. 5,1-12; Lc 6, 20-23). In: Autres Temps. Les cahiers du christianisme social. N°35, 1992. pp. 39-40;

[2]L’intérêt de cette répétition du thème de l’évangile annoncé aux pauvres est double. Formellement, cela montre comment, pour l’évangéliste, le programme messianique de Jésus est conforme aux promesses de l’Écriture, un thème qui revient aussi comme un leitmotiv, jusque dans le message du Ressuscité (cf. Le 24,25ss. 45s.)

Substantiellement, cela indique qui sont les bénéficiaires privilégiés de l’évangile que Jésus annonce, en paroles et en actes.

L’Eplattenier Charles. « Petits » ou « pauvres » dans l’évangile de Luc….. In: Autres Temps. Cahiers d’éthique sociale et politique. N°59, 1998. p. 43.

[3]Les riches y sont souvent confondus avec les méchants ou les impies, les pauvres au contraire sont les vrais croyants.

Ibid. L’Eplattenier Charles.

[4]https://www.lacourdieu.com/motamot.html?id=16816 Février 2019.

[5]Ibid.

[6]http://jeanbesset.unblog.fr/2019/02/05/luc-617-26-le-discours-de-jesus-dans-la-plaine-selon-luc-dimanche-17-fevrier-2019/16 Février 2019.

[7]Au niveau de la rédaction de Luc, le problème se présente sous un jour fort différent : la folie du riche ne consiste plus tant à n’avoir pas songé à la mort qu’à avoir oublié ce qui vient après la mort. Il n’a pensé qu’aux avantages de sa richesse pour l’existence présente et n’a pas vu le parti qu’il pouvait en tirer en vue de son bonheur dans l’autre vie.

Dupont Jacques. L’après-mort dans l’œuvre de Luc.In: Revue théologique de Louvain, 3e année, fasc. 1, 1972. p. 5; doi : https://doi.org/10.3406/thlou.1972.1148

[8]Ibid. Dupont Jacques.

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