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Le croyant ainsi, la foi nait et se consume à l’Église dans la rencontre avec le Christ.

Le miracle de la surabondance

LA MANNE HEBDOMADAIRE

Cinquième Dimanche après l’Épiphanie (10 Février, 2019)
Première Lecture
Esaïe 6 :1-8, (9-13)
PSAUMES
Psaume 138
Deuxième Lecture
EPITRES
1 Corinthien 15 :1-11
EVANGILE
Luc 5 :1-11

Luc 5 : 1-11
1 Comme Jésus se trouvait auprès du lac de Génésareth, et que la foule se pressait autour de lui pour entendre la parole de Dieu,
2 il vit au bord du lac deux barques, d’où les pêcheurs étaient descendus pour laver leurs filets.
3 Il monta dans l’une de ces barques, qui était à Simon, et il le pria de s’éloigner un peu de terre. Puis il s’assit, et de la barque il enseignait la foule.
4 Lorsqu’il eut cessé de parler, il dit à Simon : Avance en pleine eau, et jetez vos filets pour pêcher.
5 Simon lui répondit : Maître, nous avons travaillé toute la nuit sans rien prendre ; mais, sur ta parole, je jetterai le filet.
6 L’ayant jeté, ils prirent une grande quantité de poissons, et leur filet se rompait.
7 Ils firent signe à leurs compagnons qui étaient dans l’autre barque de venir les aider. Ils vinrent et ils remplirent les deux barques, au point qu’elles enfonçaient.
8 Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit : Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur.
9 Car l’épouvante l’avait saisi, lui et tous ceux qui étaient avec lui, à cause de la pêche qu’ils avaient faite.
10 Il en était de même de Jacques et de Jean, fils de Zébédée, les associés de Simon. Alors Jésus dit à Simon : Ne crains point ; désormais tu seras pêcheur d’hommes.
11 Et, ayant ramené les barques à terre, ils laissèrent tout, et le suivirent.


Jésus informe aux disciples qui se mirent à sa recherche, il doit annoncer la bonne nouvelle du Royaume aux autres villes pour accomplir sa mission [4 : 42-43].

Dans l’une des villes, Il guérit un homme couvert de lèpres qui implora sa grâce [5 : 12-13], lui recommandant la discrétion en obtenant la confirmation de son témoignage auprès du sacrificateur [v. 14].

Près du Lac de Génésareth, Jésus monta sur l’une des barques qui appartenait à Simon pour enseigner la foule la parole de Dieu [5 : 1-3]. Demandant après à Simon, de jeter ses filets pour pêcher alors qu’il ne pouvait rien trouver durant toute une journée, il amassa une grande quantité de poissons qui débordèrent au point de remplir les deux barques [vv. 4-7]. Voyant ce miracle, Simon, ainsi que Jacques, Jean, fils de Zébédée et les autres ne cachèrent point leurs émotions devant leur état pécheurs. Jésus les réconforta et tous le suivirent une fois parvenus au port [vv. 8-11].

L’Eglise, symbole du Christ
Dieu nous parle par son Esprit [12 : 12], tout comme Christ parla à la foule et aux disciples. L’enseignement du Christ tout le long de son ministère, était d’attirer les êtres humains vers Dieu pour obtenir sa grâce [4 : 22]. Sa préoccupation l’était tout aussi bien dans toutes les conjonctures dont celles décrites dans le Livre de Luc où il se trouvait en bateau enseignant la foule [5 : 3]. Il le faisait avec passion et amour de sorte que ceux qui l’écoutaient étaient à la fois dans l’étonnement [4 : 22 ; 5 : 8 : 25 ; 26 ; 24 :41] à cause de l’inspiration qui venait de son argument et dans les révélations qui émerveillaient ceux qui l’entendaient [10 : 21-22].

Tous ceux qui l’écoutaient étaient attentifs [Ac. 8 : 6, 10, 11] à son enseignement par ce qu’ils voulaient apprendre et aimaient son discours.

  • On comprend pourquoi la foule se pressait autour de lui pour « entendre la parole de Dieu » [Lc. 5 : 1] et le suivait en si grand nombre [7 : 9].
  • On comprend pourquoi les églises se fortifiaient dans la foi, et augmentaient en nombre de jour en jour [Ac. 16 : 5].
  • On comprend aussi pourquoi la mission de l’église d’aujourd’hui est de continuer l’œuvre véritable du Christ par la prédication, l’enseignement, l’adoration et la persévérance qu’on retrouve dans le ministère du Christ qui s’adonnait uniquement à faire la volonté de Dieu [Lc. 22 : 42].

L’Église communique la foi parce qu’elle est le lieu du grand rassemblement. « Elle ne s’est jamais conçue autrement que par une vie communautaire témoignant d’une transformation radicale : un monde nouveau est en train de naître. Sa loi est celle de l’amour fraternel et de l’accueil de tous les êtres humains sans distinction. »[1]

Si elle est le lieu de rassemblement, elle symbolise Christ parce qu’en elle, on retrouve véritablement l’espace de construire sa foi, sa force, sa persévérance et son assurance dans une dimension universelle qui vise toute l’humanité par un mouvement de réconciliation vivant de sa présence permanente. Tous se rencontrent au carrefour de la foi quel qu’en soit sa culture dans l’unique but de se retrouver pour témoigner de sa présence et de son amour inconditionnel. Puisque l’église éclaire, Christ encore instruit et Pierre a entendu en jetant ses filets en pleine eau.

Avant d’aller plus loin, il est nécessaire de rappeler que l’Église que nous projetons est celle « constituée de la foule innombrable des personnes qui ont mis leur foi dans le Christ et qui vivent de cette foi dans la communion avec d’autres croyants, quelles que soient leurs appartenances institutionnelles. »[2]Ainsi elle représente la Bonne Nouvelle du salut dans sa petitesse ou dans sa largesse qui acclame la parole en la partageant avec l’Esprit du Père comme celui du Fils dans un même amour, même quand « son expression culturelle et religieuse ne cesse de se modifier tout au long de l’évolution de l’humanité. »[3]

Pierre[4][5]est l’exemple parfait de cette culture qui obéit à l’instruction du Christ sans regimber, pour jeter son filet à l’endroit précis qui lui a été dicté par le Christ, même quand il était persuadé qu’il était inutile après une longue nuit infructueuse qui le portait au découragement.

  • Il a obéi par la foi et avec confiance, dépassant les limites de son bon sens et de ses torpeurs émotionnelles pour agir.
  • Le faisant, il a ouvert sans le savoir les portes du salut qui « va dépasser ses espérances, et la disproportion même de la prise soulignera que c’est l’œuvre de Dieu. »[6]
  • Il a révélé la foi comme une expérience individuelle et collective dans la relation des êtres humains avec le fait brut d’exister.
  • Il a démontré que la réalité de « la foi en l’homme précédé d’ailleurs la foi en Dieu, et les deux se fondent d’ailleurs merveilleusement en une seule depuis l’incarnation du Fils de Dieu. »[7]

Le miracle des poissons devient le miracle de Dieu dont Christ est l’instrument [19 : 37]. A travers le Christ tout devient possible, tout comme il l’est à travers l’Église d’aujourd’hui, témoignant sa présence et son amour pour tous les êtres humains. Le croyant ainsi, la foi nait et se consume à l’Église dans la rencontre avec le Christ.

Les expériences démontreront aussi comme Pierre,[8][9]un Dieu qui rassure et qui fait merveille, appelant à collaborer avec lui à l’exemple du Christ. Contrairement à la peur qui astreint à toute liberté et même barricade la voie à l’accès de la grâce. L’assurance du Christ devrait être celle que Luc décrit en ces termes : « Ne crains pas, crois seulement … » [Μόνον πίστευε, καὶ σωθήσεται.] [Lc. 8 :50b].

L’Église « Tèt Ansam », vieille de plus d’une trentaine d’années, ne pouvait pas réunir plus de 25-30 personnes. Malgré tous les efforts de ses membres adhérents, les gens visitaient et ne restaient pas. Quand les conférences étaient organisées ou qu’il y avait une réception pour une occasion exceptionnelle, la salle était à son comble et la même situation se répétait jusqu’au jour où un jeune séminariste prêcha le message sur « la multiplication des poissons », sur l’invitation du pasteur, découragé et abattu. Une seule phrase du jeune séminariste a ouvert les yeux à toute l’église durant sa prédication, « Aviez-vous fait ce que le Christ vous avait demandé de faire ? Après ce message, plusieurs membres se mettaient à réfléchir sur l’enseignement qui leur a été inculqué pour se retrouver. Une chose qui leur manquait réalisent-ils, ils se mettaient seulement en prières mais n’évangélisaient pas. Or Jésus avait dit à Pierre « Avance » [ἐπανάγαγε], et il s’est déplacé pour jeter son filet là où le Christ le lui avait ordonné. L’Église a finalement dans le livre des Actes : « Quand ils eurent prié, le lieu où ils étaient assemblés trembla ; ils furent tous remplis du Saint Esprit, et ils annonçaientla parole de Dieu avec assurance. » [4 : 31]. La joie est revenue quand l’église se mit toute entière à évangéliser dans les banlieues et au-delà. Moins de deux ans plus tard, elle a connu un essor qui lui valut d’avoir 4 autres branches aux EU où elle siégeait, avec une croissance dépassant plus de trois mille adhérents. Par la voix du séminariste, Christ leur a montré le chemin et l’Église a grandi miraculeusement.

Roselyne Dupont-Roc ajoute : « Si les chrétiens se rassemblent « en Église », ce n’est pas pour se reconnaître « entre eux » mais pour être envoyés par le Christ présent au milieu des hommes et femmes de ce temps. Jésus appelle ainsi tout chrétien à manifester ce qu’est l’amour fraternel au milieu d’eux et auprès d’eux. »[10]Pierre obéit et récolta au-delà de ses espérances le miracle de la surabondance.

 

Notes et références

[1]https://jesus.catholique.fr/questions/jesus-a-t-il-fonde-leglise/jesus-a-t-il-fonde-leglise/10 Février 2019.

[2]http://www.scourmont.be/Armand/writings/louvain-2010.htm10 Février 2019.

[3]Ibid.

[4]Pierre s’y trouve mentionné 114 fois (+57 dans les autres écrits du N.T.) tandis que le nom de Jean lui-même n’est mentionné que 38 fois (+8 dans les Actes des apôtres). Pierre appartient au cercle le plus intime des disciples (Marc 5:37 ; 9:12 ; 13:3 ; 14:33). Il est témoin de la transfiguration comme de l’agonie. Il se comporte comme le représentant du groupe des apôtres et il est leur porte-parole (Marc 8:22 s. ; 9:5 ; Matt. 17:24-27 ; 18:21). Même le quatrième évangile lui reconnaît ce rôle (Jo. 6:66 ; 21:3). Il est donc indubitable, comme l’assure Cull- mann, qu’« au témoignage de la tradition évangélique tout entière, Pierre occupe une place particulièrement représentative parmi les disciples de Jésus » (p. 25) et qu’il a dû jouer un rôle prépondérant dans la communauté primitive.

Refoulé François. Primauté de Pierre dans les évangiles. In: Revue des Sciences Religieuses, tome 38, fascicule 1, 1964. P. 2.

[5]Le récit de la vocation de Pierre en Le 5, 1-11 peut être subdivisé en trois parties :

Le 5, 1-3 : Une scène de prédication : pour la composer Luc s’est insipré de tableaux d’enseignement (Me 3, 9 ; 4, 1) et il a fait des emprunts à Me 1, 16-20.

Le 5, 4-9 : la pêche miraculeuse : Luc a repris dans ces versets une tradition qui a été exploitée aussi dans le récit d’une apparition de Jésus au bord du lac (Jn 1-14).

Le 5, 10-11 : lia vocation de Pierre : ici Luc a emprunté des motifs au récit de Me 1, 16-20.

Luc redessine le cadre de la vocation de Pierre qu’il situe à la suite d’un enseignement de Jésus au bord de la mer. Il illustre la destinée du disciple à l’aide d’un récit de pêche miraculeuse. Après le miracle il décrit sa réaction en s’inspirant d’Es 6 et Ez 1, 28 (Le 5, 8). En outre Luc met au premier plan de la scène Pierre et Jésus qui est appelé « maître » et « Seigneur ». Les associés et les compagnons de Pierre ne jouent que des rôles de figurants. Pierre n’est plus appelé, mais Jésus lui annonce que sa destinée sera celle du pêcheur d’hommes.

Claude Coulot. Les figures du maître et des disciples dans les premières communautés chrétiennes. In: Revue des Sciences Religieuses, tome 59, fascicule 1, 1985. p. 3.

[6]https://www.carmel.asso.fr/5eme-Dimanche-T-O-Luc-5-1-11.html10 Février 2019.

[7]Op. cit.louvain-2010.htm

[8]1) Jésus manifeste sa puissance par un miracle, 2) Pierre confesse Jésus comme Seigneur. Sans doute Luc, contrairement à Marc, désigne tout au long de son évangile Jésus avec ce titre. Mais celui-ci doit avoir ici un sens pregnant en raison à la fois de sa place inhabituelle à la fin de la protestation de Pierre et de son contraste avec le terme employé par Pierre au début de la péricope : « Maître » (v. 5). Le geste d’adoration de Pierre confirme de plus le sens qu’il donne à cette appellation. 3) Pierre se reconnaît « pécheur », 4) Jésus l’investit d’une mission: il sera désormais pêcheur d’hommes, 5) Pierre suit Jésus. Dans ce récit, Pierre n’est pas seul, Jacques et Jean sont présentés comme ses compagnons. C’est pourtant à Pierre seul que le Christ s’adresse et lui seul qu’il investit explicitement d’une mission, contrairement aux récits parallèles de Matthieu et de Marc.

Op.cit. Refoule Francois., p. 2.

[9]Dans le récit de 5, 1-11, Luc attribue deux titres à Jésus : « epista- tès » et « kurios ». Il révèle ainsi comment il perçoit le maître qui appelle.

En Luc 5, 5 Pierre interpelle Jésus par le titre de « epistata ». C’est une première façon de dire qui est Jésus.

Luc est le seuil évangéliste à utiliser le substantif « epistatès » pour désigner Jésus. Il signifie le maître, le préposé, île chef, celui qui a autorité. Dans l’évangile, le titre est employé à l’occasion d’un miracle ou d’une manifestation merveilleuse de Jésus.

Op. cit.Claude Coulot., p. 4.

[10]Op. cit.jesus-a-t-il-fonde-leglise/

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