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L’effort est la mission de l’expérience. Les deux se rencontrent dans le parcours du pèlerin.

A vous de jouer!

Jean 6:35, 41-51

35 Jésus leur dit : « C’est moi qui suis le pain de la vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim et celui qui croit en moi n’aura jamais soif.

41 Les Juifs murmuraient à son sujet parce qu’il avait dit : « Je suis le pain descendu du ciel », 42 et ils disaient : « N’est-ce pas Jésus, le fils de Joseph, celui dont nous connaissons le père et la mère ? Comment donc peut-il dire : ‘Je suis descendu du ciel’ ? » 43 Jésus leur répondit : « Ne murmurez pas entre vous. 44 Personne ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai le dernier jour. 45 Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés de Dieu. Ainsi donc, toute personne qui a entendu le Père et s’est laissé instruire vient à moi. 46 C’est que personne n’a vu le Père, sauf celui qui vient de Dieu ; lui, il a vu le Père. 47 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit [en moi] a la vie éternelle. 48 Je suis le pain de la vie. 49 Vos ancêtres ont mangé la manne dans le désert et ils sont morts. 50 Voici comment est le pain qui descend du ciel : celui qui en mange ne mourra pas. 51 Je suis le pain vivant descendu du ciel. Si quelqu’un mange de ce pain, il vivra éternellement, et le pain que je donnerai, c’est mon corps, [que je donnerai] pour la vie du monde. »

Le vrai pain venant du ciel vient de Dieu dit Jésus à ses disciples, qui lui en demandèrent sans hésitation de lui en donner [6: 32-34].

Les juifs s’y opposèrent à cette déclaration, et  Jésus de leur répondre, si vous n’y mangez pas, vous n’aurez pas la vie éternelle [vv. 52-54].

En continuant de murmurer sur les déclarations du Christ à qui ils font le rapprochement à ses proches parents qu’ils connaissent [vv. 41-42], Jésus leur interrompit pour leur dire que c’est le Père qui attire ceux qui croiront et qui viendront à lui pour se laisser instruire [vv. 43-47]. Vos ancêtres ont mangé la manne et sont morts après, mais moi, je suis cette nourriture qui donne la vie éternelle [vv. 48-51].

Le changement entraine le murmure. Pour certains, c’est un nouveau départ, il faut avancer ; pour d’autres, on sait ce qu’on a, mais s’aventurer dans le risque, c’est de l’incertain. Pourquoi ne pas rester dans ses acquis et ne pas les améliorer ? Entre la prudence et le changement on retrouve deux camps : le statu quo ou l’avancement. Dans le Livre de Jean, il était naturellement difficile d’accepter l’enseignement du Christ sur la nourriture de son corps qui donne la vie éternelle pour plusieurs raisons : (1) sur le plan contextuel, c’était inacceptable ; (2) sur le plan symbolique, il faut plus d’explications ; (3) sur le plan traditionnel, c’était un outrage grave qu’il fallait à tout prix empêcher par contradiction avec la l’enseignement de la Torah ou de la loi juive. Difficile en tous points à accepter, même de nos jours où les religions dites chrétiennes, en donnent des interprétations différentes. Plaise au croyant d’accepter par la foi ou de rejeter tout court ce qu’il ne comprend pas.

Une donnée importante est que Christ donne les explications et reste ouvert à la communication. Ce qui a favorisé les échanges, les différences de point de vue, même si au fond pour plusieurs, ce n’était pas acceptable. Les réflexions qui occasionnaient les murmures étaient des plus diverses d’un côté, par ceux qui ont accepté sans trop comprendre et de l’autre, pour beaucoup qui ont préféré prendre le chemin de la prudence. La prudence est une action tout a fait naturelle qui se justifie par le doute ou le refus qui demande de la réflexion. Des deux côtés, le reste appartient à l’Esprit que Christ dit en ces termes : « Personne ne peut venir à moi, à moins que le Père qui m’a envoyé ne l’attire, et moi, je le ressusciterai le dernier jour » [6 : 44]. S’agit-il d’un acte de foi que Christ demande ? Je le crois tout aussi bien, parce qu’il est aussi écrit : « Heureux ceux qui n’ont pas vu et qui ont cru » [20 : 29b]. Ce verset ouvre la voie à la raison d’être de la Bible, sur la nature de tout son narratif. Dieu s’ouvre à l’humanité à travers l’enseignement et la révélation du Christ et s’attend à la réponse de tout être humain de sceller sa foi. L’argument du Christ est clair : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui écoute ma parole, et qui croit à celui qui m’a envoyé, a la vie éternelle et ne vient point en jugement, mais il est passé de la mort à la vie » [5 : 24] ; « La volonté de mon Père, c’est que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour » [6 : 40] ; « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle »  [v. 47] ; « Celui qui mange ma chair et qui boit mon sang[1]a la vie éternelle ; et je le ressusciterai au dernier jour » [v. 54]. « Et saint Jean Chrysostome, dans ses homélies sur le quatrième Evangile, émet cette réflexion : « Le Christ fait souvent mention de la vie, parce que la vie est une des choses les plus ardemment désirées par les hommes et qu’il rien de plus doux que de ne pas mourir »[2].

Quelqu’un du nom de « Raymond » m’a envoyé un texte sur mon Whatsapp ce matin qui se lit ainsi : «  Si l’effort est à l’origine de tous nos maux, nous devons plier bagages et dire comme Oreste (l’un des acteurs d’Andromaque de Racine) : ‘ Puisqu’après tant d’efforts ma résistance est vaine, je me livre en aveugle au destin qui m’entraine ‘. Mais il ne faut pas suivre la voie d’Oreste, parce qu’il ne conduit qu’au renoncement collectif, préjudiciable pour l’avenir déjà fragile de notre pays. » Ma réponse ne se fit pas attendre pour lui dire en ces termes : « L’effort est la mission de l’expérience. Les deux se rencontrent dans le parcours du pèlerin ». D’un côté, j’ai compris la fragilité de l’être humain sans Dieu qui conduit au désarroi ; et de l’autre j’ai répondu en parabole pour souligner le fait que l’expérience est une facette de la foi qui se vit dans la fourchette de l’enseignement du pèlerin, Christ.

L’expérience du flou ou du découragement, nous le vivons journellement car les moments de bonheur ne sont toujours que de courte durée. L’expérience est l’objectif et la mission de tout un chacun. « Elle contient le sens subjectif (ou valeur) que l’on donne et que l’on capitalise durant son parcours existentiel des objets, situations, événements, émotions, images, récits, gestes, souvenirs, … »[3]. L’expérience de vivre, d’apprendre, de l’endurance, de l’échec, de la victoire, de la tristesse, de la joie avec tout son cortège d’anecdotes. L’expérience aussi l’enseignement, celui que nous offre Dieu à travers les paroles du Christ : «  Quand vous aurez élevé le Fils de l’homme, alors vous connaîtrez ce que je suis, et que je ne fais rien de moi-même, mais que je parle selon ce que le Père m’a enseigné » [8 : 28] ; « J’ai parlé ouvertement au monde ; j’ai toujours enseigné dans la synagogue et dans le temple, où tous les Juifs s’assemblent, et je n’ai rien dit en secret » [18 : 20]. Sans l’expérience comment apprendre, ou comment grandir, évoluer ? L’expérience, c’est la science ; celle que Dieu a mise à notre disposition pour nous en servir, nous équiper pour apprécier l’évolution.  Dieu est donc le Dieu de l’évolution[4]dans les paroles du Christ : «En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera aussi les oeuvres que je fais, et il en fera de plus grandes, parce que je m’en vais au Père » [14 :12].

L’opposition que nous avons avec Christ est encore la foi en sa parole, le changement dans la continuité et l’exercice d’une nouvelle expérience qui n’est ni exigeante, ni contraignante, mais plutôt alarmante. La mission principale de l’existence humaine est de plaire d’abord à Dieu en suivant le cheminement de la perfection en Christ. N’est-il pas écrit que Dieu créa le ciel et la terre et il les trouva bon ? Nous devons rester en communion avec le Dieu qui a été la mission du Christ pour réconcilier l’humanité avec Lui. Les observations de Oreste n’ont pas été sans raison malgré sa formation savante, il se déclare vaincu des actions humaines et préfère suivre sa propre voie qui est celle de l’aveuglement. Cette ignorance de l’enseignement du Christ a un grand prix : celui de poursuivre une voie qui ne conduira nulle part autre que dans le cheminement des aveugles où tous les borgnes sont rois. « Quelle fut la réponse des hommes: – ‘ La lumière luit dans les ténèbres, et les ténèbres ne l’ont point saisie ‘ (1, 5). Le inonde, – ce monde qui a été fait par le Verbe, – ‘ ne l’a point connu. Il est venu chez les siens, et les siens ne l’ont pas reçu ‘ (1, 10 s.). Cette opposition entre !a Vie et la Lumière désireuses de se communiquer, d’une part, et les hommes s’obstinant à demeurer dans la mort et les ténèbres, d’autre part, revient comme un lugubre refrain sur toutes les pages du quatrième Evangile »[5]. C’est le chemin de la noirceur, celui de la perdition, ne sachant ou aller. Christ en donne la réponse : « Je suis le chemin, la vérité, et la vie. Nul ne vient au Père que par moi» [14 : 6b]. Cette vérité est absolue, le reste est à vous de jouer !

Notes et références

[1]Comme elle est divine, l’aliment aussi devra être divin, il n’est autre que Jésus lui-même. L’union avec le Fils de Dieu peut seule entretenir dans l’âme la sève des enfants de Dieu : le fidèle ne garde la vie qu’en s’identifiant, pour ainsi dire, avec le Christ. Jésus est la vie, Il est le pain de vie, sa chair est un pain vivant, son sang un breuvage qui communique la vie éternelle [6 : 27, 32, 35, 48-56].

J.-B. Frey.LE CONCEPT DE « VIE » DANS L’EVANGILE DE SAINT JEAN. Source: Biblica, Vol. 1, No. 1 (1920), p.44.

[2]Ibid., p. 39.

[3]https://www.cairn.info/revue-forum-2017-2-page-8.htm.

!2 Août 2018.

[4]Wilcox L. David. “God And Evolution”: A Faith-Based Understanding. 2004.

[5]J.-B. Frey. Op., cit.p. 41.